L’expédition baleines et planctons nous permet d’observer l’extrêmement grand ainsi que l’extrêmement petit. Lorsque le bateau est ancré, nous en profitons pour partir à la pêche au plancton, ces organismes microscopiques qui dérivent dans l’eau. Pour cela, nous utilisons un petit filet conique. La pêche est miraculeuse à tout coup. Cependant, lorsque nous remontons notre filet, nous ne voyons que de l’eau, parfois très claire, parfois brunâtre. Ce n’est que sous le microscope que les secrets de notre pêche nous sont révélés. Nous attrapons des algues ainsi que des animaux quasiment invisibles à l’œil nu. Ce qui ne ressemblait qu’à un Jell-O brun s’avère contenir des organismes qui gigotent, tournent et nagent du mieux qu’ils le peuvent. En changeant ainsi d’échelle, c’est un tout nouveau monde qui s’offre à nous.

Phytoplancton

Les algues capturées ne sont bien évidemment pas aussi grosses que le varech qui s’échoue sur nos rivages. Ce sont de petites cellules, vertes pour la plupart, qui sont responsables de nourrir la plupart des herbivores aquatiques. On regroupe ces organismes sous l’appellation phytoplancton. Si l’on souhaite se compliquer scientifiquement la vie, on peut classifier le phytoplancton en sous-groupes selon leur forme et leurs habitudes de vie. Durant notre voyage, nous avons vu des diatomées, un groupe qui ressemblent à des hamburgers verts et qui s’organisent parfois pour créer de belles chaînes. Nous avons aussi observé des algues vertes, un groupe qui s’assemble occasionnellement en sphère. Finalement, mentionnons le groupe des dinoflagellés, qui ressemblent à de drôles de navettes spatiales. Certains mouillages se sont montrés très riches en phytoplancton, où ces derniers étaient entrés en floraison, un processus par lequel ces organismes se multiplient massivement et rapidement.

Tout comme le foin permet de nourrir les vaches, le phytoplancton est essentiel afin de nourrir le deuxième maillon de la chaîne alimentaire marine : le zooplancton.

Zooplancton

Le zooplancton regroupe beaucoup d’organismes très différents les uns des autres. La plupart de ces organismes sont très petits, à l’exception des méduses qui font tout de même partie du zooplancton, puisqu’elles dérivent avec les courants. Durant notre voyage, nous avons observé plusieurs groupes de zooplancton. D’abord, nous avons capturé de nombreux copépodes, qui sont de petits crustacés (comme des crevettes) qui représentent une grande partie de la biomasse planctonique. Nous avons aussi observé des amphipodes, de la famille des gammares, qui ressemblent à des petites crevettes un peu grassouillettes. Moins connu, nous avons été hypnotisés par un cladocère du genre Podon, un autre petit crustacé qui, franchement, ressemble à un Alien dans un chapeau de fête. Nous avons apprécié la danse constante des rotifères, des organismes qui possèdent de petits cils organisés comme deux petits rotors qui l’aident à se déplacer et à se nourrir. Finalement, la forme de plusieurs larves capturées, appelées nauplii, nous ont surpris. En effet, nous avons pu constater que certaines espèces faciles à reconnaitre, comme le crabe ou la balane, passent par des stades juvéniles d’apparence complètement différente de celle de l’adulte.

Mammifères marins

À l’autre bout du spectre de grandeur, plusieurs mammifères marins partagent notre route. Nous avons rencontré plusieurs bélugas, souvent accompagnés de leur veau. Plusieurs petites têtes de phoques curieux s’élèvent souvent à la surface de l’eau afin d’étudier notre superbe embarcation.     À l’horizon, nous surveillons l’apparition fréquente des dorsales des marsouins et des petits rorquals qui se font un festin des eaux riches de l’estuaire. Les baleines à fanons, comme le rorqual commun et la baleine bleue, se nourrissent d’une espèce de zooplancton que nous n’avons pas encore eu la chance de capturer : le krill. Par ailleurs, la baleine bleue peut manger jusqu’à 4 tonnes de krill par jour!

Au fil de nos observations, nous avons pris conscience que tous les organismes du réseau trophique marin sont interreliés aussi petits ou gros soient-il. Ainsi, les grosses baleines dont l’observation nous fascine tant dépendent du phytoplancton. Chaque changement dans l’abondance d’une espèce aura donc des répercussions sur l’ensemble des organismes qui peuplent notre St-Laurent, d’où l’importance de le comprendre le réseau trophique et de le prendre en compte dans nos activités sur le fleuve.

Par Gabrielle Nadaï